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Ces dernières semaines ont été intéressantes sur le plan littéraire pour nous Meusiens, Lorrains et Français, en effet le 13 octobre dernier est sorti en librairie le livre « Les Mouvements gaullistes : partis, associations et réseaux (1958-1976) » écrit par Jérôme POZZI, connu comme étant professeur d'histoire-géographie au lycée Henri VOGT (Commercy), et chargé de cours à l'Université NANCY2. L'objectif ici n'est pas de relater le parcours de l'auteur qui est déjà connu dans le petit monde des historiens du politique pour sa participation à différents ouvrages, notamment sur mai 1958 et les événements de mai 1968, mais de parler sur le fond de son ouvrage.

J'ai eu la chance de pouvoir le rencontrer afin d'échanger avec lui sur ses écrits et de sur sa perception de la scène politique actuelle. Voici le récit de notre entretien, et il va de soit que je vous recommande son ouvrage que vous pourrez trouver dans toutes les bonnes libraires (ainsi qu'en commande sur les sites de la FNAC, AMAZON, DECITRE…).

 

Pour toutes informations supplémentaires vous pouvez nous contacter : jeunes-pop@ump55.fr

 

Couv Gaullisme

 

Tout d'abord, pourquoi travailler sur ce sujet ? Vous qui êtes né en 1974 sous la présidence de VGE et n'avait donc pas connu la période Gaulliste citée dans votre livre (1958-1976)

 

Je suis né en juillet 1974, soit quelques mois après l’accession de VGE à l’Elysée. Je me suis intéressé à la politique dès mon plus jeune âge et mes premiers souvenirs de campagnes électorales remontent à la présidentielle de 1981. Les dîners à table étaient alors agités, car mes deux parents avaient des opinions opposées. Entre une mère giscardienne et un père chiraquien, il était parfois difficile de s’affirmer et de pouvoir s’exprimer, même si les débats étaient plutôt feutrés. En 1983, mon père a été élu conseiller municipal, puis réélu adjoint d’une commune de l’agglomération nancéienne qui compte 18000 habitants et dont il est resté l’élu jusqu’en 2008. J’ai des souvenirs formidables de campagnes électorales, de réunions au domicile de mes parents et de meetings… La politique a fait partie de mon quotidien pendant des années et j’en ai été un spectateur intéressé et amusé. J’ai rencontré à l’échelle locale des gens formidables, de droite comme de gauche, dont le point commun était d’avoir des idées et de vouloir les défendre. Ils ne pensaient pas en termes de carrière, mais de service et d’engagement pour les autres. Ils se battaient pour leurs convictions. Ils étaient bien au-dessus de tout ce qui est relaté aujourd’hui par les médias, où l’électeur a l’impression que la vie politique se résume à un combat d’officines, de coups tordus et de petites phrases qui font plus ou moins mouche.

 

Pouvez-vous nous raconter votre parcours et nous raconter pourquoi vous arrêtez votre étude en 1976, pourquoi cette date et non en 1974 avec l'élection de VGE ?

 

L’idée de faire une thèse en histoire politique était donc en phase avec l’ambiance dans laquelle j’ai été élevé et surtout avec mes centres d’intérêt, à savoir une passion pour la vie politique. Un certain nombre d’universitaires parisiens et nancéiens m’ont invité à travailler sur le gaullisme, car si les travaux de recherche sur le RPF (1947-1953) étaient légion, il n’y avait pas de travail d’ensemble sur les mouvements gaullistes sous la Ve République. Après avoir été reçu à l’agrégation en 2001, j’ai soutenu un DEA à Paris X-Nanterre, l’université de René Rémond, qui est en quelque sorte le père de tous les historiens du politique. En 2008, j’ai soutenu ma thèse de doctorat à Nancy 2 et le livre que je publie aujourd’hui en est une version allégée et plus aboutie. Cet ouvrage commence en 1958 avec la naissance de la Ve République et la création de l’Union pour la nouvelle République qui fut le grand mouvement gaulliste des années soixante. Il s’achève en décembre 1976, avec la création du RPR, le mouvement néogaulliste dirigé par Jacques Chirac.

 


selon vous le Gaullisme est-il mort avec De Gaulle ? et que reste-t-il de Gaulliste dans notre manière de faire de la politique en 2011. Puis quel regard portez-vous sur ceux qui aujourd'hui se réclament de la mouvance gaulliste ? (le M.I.L ; Dominique DE VILLEPIN ; Le Chêne de Michèle Alliot Marie)


Dans le cadre de mes recherches, j’ai interviewé un certain nombre de proches du général de Gaulle et de Georges Pompidou (ministres, parlementaires, conseillers…) La plupart s’accordent à dire que la mort de Pompidou marque la fin d’une aventure et même pour certains d’entre eux la fin du gaullisme. Toutefois, le gaullisme ne peut se résumer aux présidences de De Gaulle et Pompidou et à leur bilan respectif qui furent largement positifs pour la France. Si l’on considère que l’acte de naissance du gaullisme est le 18 juin 1940, il ne faut pas oublier que le gaullisme rassembla ceux qui à un moment donné et dans un contexte troublé ont su dire Non, qu’ils s’agissent des Français libres ou des Résistants de l’intérieur, qui heureusement n’étaient pas tous gaullistes. Ainsi, le gaullisme est avant tout une attitude qui consiste à refuser un état de fait et à vouloir aller de l’avant. C’est une savante alchimie entre idéal républicain et sens de l’Etat. Le général de Gaulle répétait souvent à ses visiteurs : « Que voulez vous faire avec une gauche qui n’a pas le sens de l’Etat et une droite qui n’a pas le sens de la Nation ! ». Le gaullisme a su concilier service de l’Etat et intérêt national. Aujourd’hui, je pense qu’il ne faut pas vouloir chercher le gaullisme dans un parti politique au risque de ne pas le trouver. En revanche, il est plus intéressant de chercher des attitudes gaullistes dans l’espace politique, à l’instar à gauche d’un Jean-Pierre Chevènement ou même d’un Arnaud Montebourg qui propose une autre voie (la démondialisation…) alors que tout le monde semble courber devant la fatalité des marchés, ce qui explique sans doute son score très honorable lors du 1er tour de la primaire socialiste. Toutefois, il est difficile de décerner des brevets de gaullisme. A droite, même si Nicolas Sarkozy est issu de la famille gaulliste, qualifiée par René Rémond de droite bonapartiste, force est de constater qu’il a fait en 2007 la synthèse entre bonapartistes et orléanistes. En outre, même si certaines réformes font débat et sont critiquables, il a su garder le cap et ne pas céder à la pression de la rue, comme le firent bien des gouvernements. Quant à Dominique de Villepin et François Bayrou qui, de temps à autres, revendiquent l’héritage gaulliste (et même Ségolène Royal plus récemment), il ne s’agit pas de faire de grandes envolées lyriques et de se prendre pour Chateaubriand pour être gaulliste, à l’exemple du premier ou de se présenter comme l’élément central d’une majorité future qui irait des libéraux purs sucres à une gauche « molle » comme le second l’envisage. Le gaullisme est avant tout un choix, pas une absence de choix, voire un non choix.

 

 

Lorsqu'un historien traite d'un sujet politique, doit-il mettre ses convictions au service de ses recherches ou bien doit-il être totalement en retrait ?

 

Lorsqu’un historien traite un sujet politique, il le fait en historien et non en citoyen. Je peux vous dire que ce livre, comme tous les articles que j’ai déjà rédigés sur le sujet, trouvent autant d’admirateurs que de détracteurs chez ceux qui se réclament du gaullisme ou qui ont appartenu à des gouvernements gaullistes. Quand vous évoquez les réseaux et les circuits financiers, de même que le conditionnement de l’opinion en mai 1958, vous ne vous faites pas beaucoup d’amis à droite. Dans un travail de recherche, il faut être juste et non partial. Il faut travailler sur ses sources, croiser les documents, prendre le recul nécessaire et le temps de la réflexion. Le travail d’un historien du politique est l’inverse de celui du journaliste politique. Si le premier travail à froid sur le long terme, le second le fait à chaud sur le cout terme. Rares sont les journalistes qui prennent le temps de suivre un sujet d’étude sur plusieurs années, comme le fait un Pierre Péan, même si son dernier ouvrage, La République des mallettes, est selon moi un peu inabouti, ce qui est en partie lié au sujet traité. 

 
Selon vous, quelles sont les personnalités politiques qui sont les plus proches du gaullisme ? et si oui en quoi (qu'est ce qu'être gaulliste en 2011)


Etre gaulliste en 2011, c’est d’abord refuser une fatalité, celle du déclin de la France. Partout, des hommes se lèvent et refusent la fatalité. Sont-ils pour autant gaullistes ? Evidemment non. Le gaullisme est à la fois derrière nous et devant nous. Il est une source d’inspiration pour des citoyens de droite, comme de gauche. D’ailleurs, personne ne conteste plus aujourd’hui l’héritage gaullien, mis à part sur les marges de la sphère politique. Même Marine Le Pen, dont le père a toujours été un opposant au Général, au nom notamment de la défense de l’Algérie française, se réfère aujourd’hui à l’homme du 18 juin ! Le gaullisme est pour ainsi dire partout, mais en même temps nulle part.

 

En fin de présentation de la 4ème de couverture de votre ouvrage, vous citez Nicolas SARKOZY alors je vous demande : "en 2012, il y  aura un candidat gaulliste à l'élection présidentielle" ?

 

L’élection présidentielle de 2012 ne sera pas celle d’un héritage, qu’il soit gaullien ou mitterrandien d’ailleurs, mais celui d’une solution à la crise et d’un projet de société. Par conséquent, se dire gaulliste pour un candidat à l’Elysée en 2012 n’aurait absolument aucun sens, dans la mesure où ce type de référent ne parle plus aux électeurs et notamment aux plus jeunes d’entre eux. Certes, des candidats peuvent s’inspirer de l’itinéraire de l’homme et de ses écrits/discours, dont certains sont encore d’actualité, comme ceux qui témoignent de ses réserves vis-à-vis du monde de la finance (« La politique de la France ne se fait pas à la corbeille », conférence de presse du 28 octobre 1966). L’observateur de la vie politique que je suis attend ce rendez-vous avec impatience, même si je suis d’un naturel assez pessimiste sur la nature de l’Homme à ne pas tomber dans la démagogie pour l’emporter…

 

propos recueillis par MICHEL Arnaud


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